L'histoire des "Manus"

Publié le par Eric C

Cet historique des "manus" permet de retracer l'évolution du Monopole. Il reste fait à partir de documents variés et malgré les recherches, certaines inéxactitudes peuvent s'y être glissées. Je reste donc preneur de toutes les informations au sujet des "manus" (phocopies, cartes, plans etc.)

A partir de 1890, le sort des allumettes est lié à celui du Monopole détenu par les Manufactures de l’Etat qui compte, à sa création, six usines : Saintines, Pantin-Aubervilliers, Marseille-Le-Prado, Trélazé, Bègles et Blénod Les Pont-à-Mousson. Cette dernière disparaitra très vite, vers 1893. L’origine de 5 d’entre elles est donc antérieure à l’exploitation du Monopole par l’état, mais elles ont été reconstruites sur place ou à proximité à des époques diverses (Aubervilliers, Bordeaux, Marseille, Saintines, Trélazé). En 1894 une nouvelle usine sera implantée à Aix-en-Provence.

C’est une période de succès pour le Monopole.

De 1890 à 1914, en effet, les efforts porteront surtout sur l’amélioration de la qualité des produits ainsi que sur l’étude de meilleures conditions de travail visant à protéger les ouvriers des dangers de la nécrose.

Vers 1900, Monsieur Brandeis, Inspecteur des Manufactures de l’Etat, louant les progrès du jeune Monopole, n’hésitait pas à lui décerner le satisfecit suivant :

« Transformation radicale de la fabrication supprimant toute cause d’insalubrité et de danger, perfectionnement  de l’outillage, augmentation des bénéfices, élévation des salaires, amélioration des conditions faites aux ouvriers, développement des institutions de prévoyance : ces progrès sont une éclatante justification du mode actuel d’exploitation ». 

Mais la guerre de 1914 mit fin à cette expansion.

La qualité des produits commença à baisser et les fabrications devinrent inférieures aux besoins de la population. Pour combler l’écart, on fit appel au trust suédois Kreuger.

A partir de 1922, le Monopole se trouva même en butte à une campagne qui aboutit à la loi du 24 mars 1924 décrétant son abolition. Mais, avant d’avoir été mise en application, la loi fut abrogée le 1er Août 1924 et le Monopole survécut.

Toutefois les fabrications continuant à baisser, le trust suédois, établit en France, importa de plus en plus d’allumettes soufrées et d’allumettes suédoises. Ne parvenant toujours pas à faire abolir le Monopole, il n’obtint pas moins du Ministère des Finances des privilèges exceptionnels : exclusivité de l’importation des tiges destinées aux Manufactures de l’Etat ; exclusivité de l’importation des allumettes dîtes « de luxe » ; création de la Société Allumettière Française admise à exercer le commerce de gros qui lui permettra d’implanter sur le marché français des produits importés par le trust suédois.

Les Manufactures de l’Etat se montrèrent bien évidemment hostiles à cet envahissement du trust suédois et on notera, pour la petite histoire, que l’effigie de Kreuger fut brulée par les ouvriers d’une des Manufactures de l’Etat.

A compter du 1er Octobre 1935, une modification fut apportée, non à la forme mais à l’organisation administrative du Monopole. Ce dernier fur transféré à la Caisse Autonome d’Amortissement, y rejoignant le Monopole des Tabacs désigné sous le vocable S.E.I.T. et créant ainsi le SEITA (Service d’Exploitation Industrielle des Tabacs et Allumettes).

En 1942, celui-ci créé à Mâcon un centre de production des tiges, qui ne deviendra usine à part entière qu’en 1956. En 1945, le SEITA acquiert l’usine de Metz. Cette usine, qui appartenait aux frères Retien, était redevenue française en 1918 et avait travaillé à façon pour le Monopole jusqu’en 1939 avant d’être à nouveau annexée par les Allemands de 1939 à 1945.

En 1959, lorsque par ordonnance du 7 janvier le SEITA devient établissement public à caractère industriel et commercial, il possède donc sept usines d’allumettes (Aubervilliers, Trélazé, Bègles, Saintines, Marseille, Mâcon et Metz). En revanche, la vente en gros et demi-gros est confiée à des négociants privés.

L’importance des usines est variable. Trois (Mâcon, Saintines et Trélazé), maintenues ou construites dans des régions à peupliers, fabriquent des tiges nécessaires à leurs propres besoins et à ceux des autres usines. Cette fabrication qui fonctionne en chaines continues nécessite en effet de grosses installations à rendement élevé.

Les autres usines sont plutôt implantées à proximité des centres de consommation d’allumettes, car elles n’ont pas à fabriquer leurs tiges et sont restées longtemps approvisionnées en boîtes en carton du commerce.

La quasi généralisation du bois pour fabriquer les boîtes a entrainé le glissement de la production d’allumettes vers les usines à tiges qui peuvent trier le bois de qualité supérieure dans leur approvisionnements et faire ainsi des économies très importantes de matière première.

Déjà en surproduction, le Service devenait très excédentaire en personnel du fait de l’apparition de nouveaux matériels pour les petites boîtes et de la nécessité de poursuivre la mécanisation de la fabrication des boîtes de ménage. On ne pouvait laisser devenir squelettique le personnel de production des usines conservant chacune son état-major. Le Service s’est vu contraint de procéder à une concentration de la production :

-          Dès 1961, les usines d’Aubervilliers et de Marseille sont fermées, le personnel étant normalement repris par les usines de tabacs de Pantin et Marseille. Les matériels de fabrication réutilisables furent répartis entre les autres usines. Les pochettes bois d’Aubervilliers et carton de Marseille furent reprises par Mâcon. Un bâtiment pour petites boîtes avec matériel moderne fur construit à Saintines et Mâcon reçut un bâtiment pour faire face au développement des boîtes ménage.

-          La production redevenant vite excédentaire, ce fut le tour de Metz au 1er avril 1966 et de Bordeaux au 1er avril 1967. Le matériel de cette dernière usine, moderne en partie, fut repris pour moitié par Aix-En-Provence et Saintines.

L’installation de chaines modernes avait rencontré de grandes difficultés dues à l’exiguité des bâtiments traditionnels. Aussi la décision avait-elle été prise en 1966 de remplacer à Saintines un ensemble de petits bâtiments disparates par un bâtiment unique de grande surface destiné à recevoir la fabrication des tiges et celles des grosses boîtes. La reconstruction sur place exigeait 3 tranches annuelles débutant à l’été 1968 pour se terminer fin 1971. Des travaux ont été également effectués à Trélazé et Mâcon pour élargir des bâtiments en couvrant des cours intérieurs, travaux complétés à Mâcon par le déplacement de la fabrication des tiges trop à l’étroit.

Aix-en-Provence cessera toute activité en 1972.

La loi du 4 décembre 1972 porte sur l’aménagement du Monopole des Allumettes et supprime le monopole d’importation à l’intérieur des pays membres du Marché Commun.

Mais ce ne sont pas les allumettes importées qui font tort au Service des Allumettes. Peu à peu battu en brèche par les briquets pour fumeur et les allumages intégrés pour la ménagère, il doit concentrer encore son outil de production. Après la fermeture de Trélazé, en 1981, il ne compte plus que deux usines : Mâcon et Saintines.

La baisse des besoins de consommation relèguera-t-elle peu à peu l’allumette dans le passé ou bien cette dernière parviendra-t-elle à garder sa place dans les multiples manières de « faire du feu » ?

Publié dans Histoire

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